{"id":2304,"date":"2020-05-01T19:22:00","date_gmt":"2020-05-01T17:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jctardivo.com\/galerie\/?page_id=2304"},"modified":"2020-05-01T19:22:00","modified_gmt":"2020-05-01T17:22:00","slug":"gerard-valat","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.jctardivo.com\/galerie\/gerard-valat\/","title":{"rendered":"G\u00e9rard VALAT"},"content":{"rendered":"\n<p>Un t\u00eatard dans le grand bain &#8211; Ao\u00fbt 2019<\/p>\n\n\n\n<p>Tardivo*, le peintre, s\u2019est depuis longtemps r\u00e9concili\u00e9 avec son enfance, notamment lorsqu\u2019il s\u2019est aper\u00e7u que <em>\u00ab&nbsp;\u2026 celle-ci le suivait comme une douce lumi\u00e8re. C\u2019est l\u2019espace o\u00f9 nous pouvons sans cesse nous ressourcer.&nbsp;\u00bb<\/em> Pour lui, chaque individu poss\u00e8de en lui l\u2019enfant int\u00e9rieur, celui qu\u2019il n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre. <em>\u00ab&nbsp;Lorsque je fais une peinture, c\u2019est \u00e0 cet endroit de l\u2019\u00eatre que je m\u2019adresse.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si on l\u2019interroge sur ses premiers \u00e9mois avec la peinture, il sourit de ce large sourire simple et g\u00e9n\u00e9reux qui pourrait m\u00eame d\u00e9sarmer une grenade offensive&nbsp;:<br><em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>\u00c0 deux ans et demi, j\u2019ai fait comme la plupart des gosses des gribouillis, en fait, sans m\u2019en rendre compte, c\u2019est ce que j\u2019ai appel\u00e9 bien plus tard des bonshommes t\u00eatards, et puis, bien s\u00fbr, je ne me suis jamais arr\u00eat\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb,<\/em> il \u00e9tait contamin\u00e9, le virus \u00e9tait entr\u00e9 dans la b\u00eate, on peut le dire, avec une sorte de douce rage.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s une p\u00e9riode o\u00f9 il se plonge, durant trois-quatre ans, dans une abstraction d\u00e9brid\u00e9e \u2014<em>&nbsp;<\/em>on est dans les ann\u00e9es 70\u2014, dont il tire alors une intense activit\u00e9 et d\u2019immenses plaisirs, il a le sentiment d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 au bout de cette excitation. L\u2019abstraction, ou ce qu\u2019il en fait, lui semble dans une impasse, bien que son \u0153uvre soit coh\u00e9rente, reconnaissable instantan\u00e9ment, etc. <em>\u00ab&nbsp;Quand tu ne sais plus o\u00f9 tu vas, retourne-toi et regarde d\u2019o\u00f9 tu viens&nbsp;\u00bb,<\/em> dit le proverbe. <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je me suis dit&nbsp;: je ne viens pas de l\u00e0, ma d\u00e9marche ne doit pas \u00eatre intellectuelle, ne doit pas \u00eatre absconse, donc je me suis arr\u00eat\u00e9 brutalement.&nbsp;\u00bb<\/em> Et c\u2019est comme s\u2019il avait chang\u00e9 subitement de dimension, de perspective, parlons carr\u00e9ment de troisi\u00e8me dimension&nbsp;! <em>\u00ab&nbsp;J\u2019avais perdu l\u2019envie. Et je suis rest\u00e9 trois longs mois sans toucher \u00e0 mes pinceaux. Apr\u00e8s cette p\u00e9riode de travers\u00e9e du d\u00e9sert, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9structurer mes personnages, les d\u00e9glinguer.&nbsp;\u00bb <\/em>Il fallait prendre le taureau par les cornes&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Alors, comme je suis droitier je me suis amus\u00e9 \u00e0 dessiner de la main gauche, mieux&nbsp; encore, je me suis mis un bandeau sur les yeux pour retrouver plus de libert\u00e9, la libert\u00e9 initiale, le geste, quoi, le mouvement. <\/em>Alors, il est retomb\u00e9 en enfance d\u2019un seul coup,<em> \u00ab&nbsp;apr\u00e8s avoir observ\u00e9 les dessins que ma fille r\u00e9alisait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, j\u2019ai compris que notre origine elle \u00e9tait l\u00e0, on part tous de l\u00e0. <\/em><em>Il y a dans les dessins d\u2019enfant toute la v\u00e9rit\u00e9 que l\u2019adulte a laiss\u00e9 s\u2019enfuir. Il y a aussi toute la puret\u00e9 et l\u2019amour qui les rendent sup\u00e9rieurement beaux.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sa mati\u00e8re c\u2019est l\u2019acrylique, qu\u2019il \u00ab&nbsp;r\u00e9pand&nbsp;\u00bb sur des formats de belle taille. Sortir des sentiers rebattus, bien s\u00fbr, sinon \u00e0 quoi bon&nbsp;! Alors, souvent, il invente ses propres instruments, il se glisse dans la peau du d\u00e9miurge et utilise ses outils \u00e0 lui pour gratter, griffer, arracher la mati\u00e8re, donner vie aux choses tout juste sorties de la gangue limoneuse de son esprit. Tout \u00e7a vibre, galope, s\u2019enflamme, et parfois \u00e9clate de couleurs vives sorties de nulle part mais bien l\u00e0, \u00e0 leur juste place. D\u2019autres fois ce sont les primaires qui s\u2019imposent, et pourquoi pas&nbsp;! Un bleu canaille (vous avez de beaux bleus&nbsp;!) joue des coudes presque malgr\u00e9 lui, et, l\u00e0, une surprenante teinte jaune ricane sous cap mais n\u2019en pense pas moins, et inonde la toile d\u2019une petite lueur aux parfums d\u2019encens et de myrrhe\u2026 Et le rouge, me direz-vous, le rouge, quelqu\u2019un l\u2019a estamp\u00e9, a pris la poudre d\u2019escampette avec icelui, l\u2019a refourgu\u00e9 aux agents de l\u2019\u00e9tranger&nbsp;? Que nenni, le rouge \u00e9clate, \u00e9clairs de feu br\u00fblants, scarifications rituelles\u2026 Eloignez-vous car la braise sourd, le volcan gronde sous la terre chaude et tremblante, la mati\u00e8re se faufile en douce dans des tons, du coup, tr\u00e8s terriens, tr\u00e8s humains, dirait-on sensuels&nbsp;? Des bruns, terre de sienne, fauves, presque sauvages, jouent dans le cadre, l\u2019anthracite tutoie le gris ardoise, le rougeaud des joues flirte avec le purpurin de l\u00e8vres accueillantes, les couleurs se racontent des histoires sans fin, bien \u00e0 elles. Mais les compl\u00e9mentaires ne sont pas loin, suppl\u00e9ments d\u2019\u00e2me \u00e0 la carte du tendre, vibrent les oranges et les verts qui flirtent avec les mauves et violets, ocres, bleus nuit profonds se s\u00e9duisent sans en avoir l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, ces couleurs ne seraient rien sans les personnages qu\u2019elles habillent, parfois si peu, on s\u2019en offusque ici ou l\u00e0 dans la \u00ab&nbsp;bonne&nbsp;\u00bb soci\u00e9t\u00e9 atterr\u00e9e. Tout le monde le sait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tardivo aime les femmes&nbsp;!&nbsp;\u00bb Sachons que ce n\u2019est pas un amour d\u00e9\u00e7u, c\u2019est l\u2019amour avec un grand \u00ab&nbsp;A&nbsp;\u00bb. L\u2019amour qui chamboule tout, celui qui emp\u00eache de raisonner, l\u2019amour fusion, comme l\u2019on disait de certaines acquisitions sans qu\u2019il y ait eu la moindre n\u00e9gociation, l\u2019amour des \u00ab&nbsp;s\u0153urs de la c\u00f4te&nbsp;\u00bb, instinctif, peut-\u00eatre sexuel, voire, l\u2019amour fou ou le fol amour, celui qui emporte au-del\u00e0 de la d\u00e9raison, dans les replis de l\u2019\u00e2me\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ses femmes, dirions-nous avec Sartre, ses putains respectueuses, bien plus respectueuses que putains, d\u2019ailleurs, ses femelles aux seins gorg\u00e9s de s\u00e8ve, d\u2019amour et d\u2019humour, aux t\u00e9tons gonfl\u00e9s comme de russes malossols, mamelles nourrissantes qui nous abreuvent, nichons \u00e0 l\u2019air parce qu\u2019elles n\u2019en manquent pas, et qui affrontent la vie de face, bien camp\u00e9es sur leurs gambettes, accroch\u00e9es \u00e0 la vie et pr\u00eates \u00e0 la donner, cette belle vie aux r\u00e9manences obscures comme des boutiques, tout ce qu\u2019on aime.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses petites bonnes femmes girondes, amusantes et amus\u00e9es, rigolotes, qu\u2019on se \u00ab&nbsp;taperait&nbsp;\u00bb en gibelotte par temps de disette, auraient beaucoup \u00e0 dire, et \u00e0 redire m\u00eame. Elles ont v\u00e9cu et voyag\u00e9, parcouru des mondes inconnus et incertains, des mondes int\u00e9rieurs inexplor\u00e9s, des continents de tendresse o\u00f9 l\u2019amour r\u00f4de encore\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde de Tardivo m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y attarde, il ne faudrait pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00c7a vit, \u00e7a grouille, \u00e7a remue de partout, des oiseaux sans cage aux chatoyants reflets, repus ou replets, bien en chair et mont\u00e9s sur \u00e9pingles, des poissons rouges bleus ou jaunes et sans bocal mais qui font du bouche-\u00e0-bouche \u00e0 la vol\u00e9e, des chiens noirs et sauvages fiers de leur ind\u00e9pendance, des vaches en roue libre dont les mamelles pourraient nourrir la France enti\u00e8re. Et n\u2019oublions pas les b\u00e9b\u00e9s, \u00ab&nbsp;Alertez les b\u00e9b\u00e9s&nbsp;!&nbsp;\u00bb hurlait Higelin, pr\u00e9figurant la crise \u00e9cologique. Des b\u00e9b\u00e9s comme s\u2019il en pleuvait, des noirs, des blancs, des jaunes, des rouges, cherchez les b\u00e9rets verts, ils sont tous l\u00e0, heureux de se montrer et d\u2019exister, gentiment bravaches, mine r\u00e9jouie ou chiffonn\u00e9e, ils repr\u00e9sentent l\u2019avenir, le futur \u00e0 composer, musique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, \u00e0 tout hasard et pas ras\u00e9, on peut se poser la question, en toute na\u00efvet\u00e9 et sans inqui\u00e9tude&nbsp;: o\u00f9 sont les hommes, o\u00f9 sont-ils donc pass\u00e9s ces seigneurs, ces bons \u00e0 rien, qui les a fait dispara\u00eetre sans crier gare&nbsp;? Y aurait-il eu des r\u00e8glements de compte lors de nuits de rousse pleine lune&nbsp;? Ils n\u2019avaient pas pay\u00e9 leurs cotisations, le bristol est arriv\u00e9 trop tard, l\u2019adresse n\u2019\u00e9tait pas la bonne&nbsp;? En tout cas, c\u2019est le crime parfait, ni vu ni connu, \u00ab&nbsp;le mort saisit le vif&nbsp;\u00bb, l\u2019homme est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de ses&nbsp; biens propres, condamn\u00e9 \u00e0 errer sur cette terre comme une \u00e2me en peine, hallucin\u00e9, c\u2019est ainsi. Tardivo aime peut-\u00eatre trop ses bonnes femmes pour les partager, que ce soit sur toile ou sur carton, en \u00e0-plat ou en relief&nbsp;? Poser la question c\u2019est entrer dans les affres de sp\u00e9culations artificielles\u2026 Dites-le vous bien, Tardivo est absolument indiff\u00e9rent \u00e0 toute forme, m\u00eame pu\u00e9rile, de jalousie. Et puis, d\u00e9merdez-vous&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement Tardivo aura pass\u00e9 sa vie d\u2019homme et d\u2019artiste \u00e0 fr\u00e9quenter ces femmes \u00e9ternelles, ses femmes \u00e0 lui, ses poup\u00e9es&nbsp;! Celles qu\u2019il aura aim\u00e9es dans leurs v\u00eatements de tous les jours, robes \u00e0 fleurs, \u00e0 rayures, \u00e0 pois, ou en dentelles, mais sans chichi pour autant, toutes simples, si peu aguicheuses ou ne le sachant pas, ces femmes qui cr\u00e9ent la vie, ses \u00ab&nbsp;V\u00e9nus&nbsp;\u00bb du quotidien qui continuent \u00e0 enchanter sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour longtemps encore.<\/p>\n\n\n\n<p><em>*\u00a0Jean-Claude Tardivo est n\u00e9 le 27 juin 1935 \u00e0 Villed\u00f4mer (Indre-et-Loire), entre la Brenne et le Madelon.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un t\u00eatard dans le grand bain &#8211; Ao\u00fbt 2019 Tardivo*, le peintre, s\u2019est depuis longtemps r\u00e9concili\u00e9 avec son enfance, notamment lorsqu\u2019il s\u2019est aper\u00e7u que \u00ab&nbsp;\u2026 celle-ci le suivait comme une douce lumi\u00e8re. 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