{"id":1405,"date":"2018-07-24T15:54:21","date_gmt":"2018-07-24T13:54:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jctardivo.com\/galerie\/?page_id=1405"},"modified":"2018-07-25T12:17:59","modified_gmt":"2018-07-25T10:17:59","slug":"anne-cauquelin","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.jctardivo.com\/galerie\/anne-cauquelin\/","title":{"rendered":"Anne CAUQUELIN"},"content":{"rendered":"<p>Il est rare, aujourd&rsquo;hui, de rencontrer un peintre qui peint \u2013et qui le dit. Pour tourner la mode, souvent, le peintre qui peint se dissimule sous le terme de \u00ab\u00a0plasticien\u00a0\u00bb ou sous celui encore plus g\u00e9n\u00e9ral d'\u00a0\u00bbartiste\u00a0\u00bb. Sous ces appellations, il peut pratiquer toutes sortes d&rsquo;arts, et entre autres l&rsquo;art de la peinture.<br \/>\nJean-Claude Tardivo ne recourt pas \u00e0 ce stratag\u00e8me. Il s&rsquo;expose tout naturellement comme peintre, avoue qu&rsquo;il a toujours pens\u00e9 et voulu \u00eatre peintre, qu&rsquo;il aime la peinture et vit avec, dedans. En dehors des modes et surtout des \u00e9tiquettes en \u00ab\u00a0isme\u00a0\u00bb, il pense la peinture comme un long travail, une longue pratique, dont les strates s&rsquo;accumulent, se juxtaposent et, se m\u00ealant, s&rsquo;entre- p\u00e9n\u00e8trent.<br \/>\nC&rsquo;est ainsi que les traitements successifs d&rsquo;un th\u00e8me, les variations induites par leur r\u00e9p\u00e9tition sous d&rsquo;autres modes, avec d&rsquo;autres mati\u00e8res, d&rsquo;autres jeux de couleur et de forme, finissent par entrer comme mat\u00e9riau de base, et nouveau support pour d&rsquo;autres recherches.<br \/>\nChaque pi\u00e8ce est le fruit d&rsquo;une r\u00e9flexion des strates picturales les unes sur les autres, et quand je dis \u00ab\u00a0picturales\u00a0\u00bb je ne pense pas seulement aux couches de mati\u00e8re pigment\u00e9es, mais au travail de conception qui les a li\u00e9es entre elles.<\/p>\n<p>Ce travail de liaison fait corps dans la peinture de Tardivo, \u00e0 tel point que le motif ou le th\u00e8me de l&rsquo;\u0153uvre semblent n&rsquo;\u00eatre que pr\u00e9textes et s&rsquo;effacer devant son v\u00e9ritable sujet : la peinture elle-m\u00eame.<br \/>\nCe que nous voyons, alors, c&rsquo;est l&rsquo;apparition \u00e0 la surface de la toile de formes al\u00e9atoires; il importe peu que ce soient des t\u00eates, des corps, des mains, des bouches, des seins, des t\u00e9tons en forme de doigts, ou du texte imprim\u00e9, des chaises, du tissu ray\u00e9 ou \u00e0 fleurs. Ce qui est l\u00e0 n&rsquo;est qu&rsquo;un surplus de sens, un suppl\u00e9ment \u00e0 la v\u00e9ritable affaire qui est celle du dessous. Des dessous. Certains appellent ces dessous : \u00ab\u00a0profondeur\u00a0\u00bb- je dirais plut\u00f4t : mati\u00e8re premi\u00e8re composite, travaill\u00e9e dans la p\u00e2te, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle prenne forme.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr on dira qu&rsquo;il n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent que les formes \u00e0 quoi aboutissent ces malaxages, ces prises \u00e0 pleines mains de la peinture en tant que telle, composent en d\u00e9finitive des t\u00eates, des sexes, des mains et des seins. Comme si on revenait toujours au primordial: \u00e0 la fabrication des corps et aux outils qui servent \u00e0 la procr\u00e9ation. Mais je dirai cependant que ce sont l\u00e0 des illustrations habituelles, des rep\u00e8res pour la connaissance, et peut-\u00eatre comme une acceptation d&rsquo;un destin de la peinture, d&rsquo;un fatum, contre lequel il serait vain de lutter. Destin qui veut le corps pour la peinture comme son commencement et sa fin. Que ces corps soient humains ou non, qu&rsquo;il soient aussi bien chiens et chats, amibes ou serpents d&rsquo;eau\u2026La preuve en est ( s&rsquo;il est des preuves en ce domaine) que les t\u00eates-doigts-seins-sexes de Tardivo sont improbables, et n&rsquo;ont aucun souci de vraisemblance: ce sont des choses issues du travail de la peinture. Et elles manifestent leur statut de chose sous leur forme vaguement humaine.<br \/>\nAinsi au bout d&rsquo;un long parcours, et par le travail de la peinture, Tardivo nous rappelle-t-il le devenir chose de l&rsquo;humain, ou, plus exactement, rend \u2013il sensible l&rsquo;effort par lequel la forme humaine s&rsquo;arrache \u00e0 la mati\u00e8re, \u00e0 la chose. Mais, et c&rsquo;est l\u00e0 \u00e0 mon sens que se trouve l&rsquo;accent original de son oeuvre, il rend perceptible le retour de l&rsquo;humain \u00e0 son \u00e9tat de chose, comme si cette m\u00eame forme humaine n&rsquo;etait que d\u00e9cor, surface, superficialit\u00e9 sur fond de mati\u00e8re primitive.<br \/>\nEst-ce parce que nous sommes alors confront\u00e9s avec ce que nous ne d\u00e9sirons pas du tout savoir- la fragilit\u00e9 de notre condition, son ind\u00e9termination fonci\u00e8re- mais il nous semble alors que ces figures \u2013de choses expriment le sentiment, m\u00e9lancolique, ou tragique, d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es \u00e0 leur nature.<\/p>\n<p>Anne CAUQUELIN<br \/>\nAvril 2001<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est rare, aujourd&rsquo;hui, de rencontrer un peintre qui peint \u2013et qui le dit. 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